| Le
point de la situation : début de siècle
inquiétant au Sahara occidental. Depuis décembre
2000 et plus encore, depuis janvier 2001, de multiples faits
annoncent
une mise en danger de la paix au Sahara occidental. Dans ce point
de situation, quelques-uns de ces faits vont être passés en revue
car ils constituent des clignotants alarmants. Ils seront ensuite
analysés en s'interrogeant sur les attitudes, la non-intervention
passive ou « active » et les responsabilités de ceux qui pourraient
et devraient accélérer le retour à la paix. Le dernier
rapport de Mr Kofi Annan (du 23/02/2001) servira de point de départ
à l'analyse car l'organisation des Nations Unies reconnaît explicitement
et encourage depuis 1965, par ses résolutions chaque fois renouvelées,
le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui et qu'elle a proposé,
depuis 1988, un plan de paix accepté par les parties au conflit. Faits,
gestes significatifs, attitudes, prises de position Rapport du Secrétaire
Général des Nations Unies du 23/012/2001 Le
dernier rapport du Secrétaire Général des Nations Unies présente comme
possibilités de mettre un terme au conflit du Sahara Occidental, deux
perspectives, l'une qui émane du plan de règlement des Nations Unies
(l'organisation d'un référendum d'autodétermination) et l'autre qui
constituerait en une éventuelle
« délégation de pouvoirs » aux habitants et anciens habitants
du territoire.
Il est difficile d'aller plus loin sans se poser une première question
: Les Nations Unies, parce qu'elles ont des difficultés à organiser
le référendum, peuvent-elles décider seules et changer les termes
du contrat sans que soient consultées les deux parties et sans que
ces dernières aient fait connaître leur accord. A
ce stade, il paraît important de rappeler l'origine du plan de règlement,
l'investissement moral et matériel qu'il a représenté et représente
toujours pour les Nations Unies (en particulier pour leur crédibilité)
et la logique des organes de fonctionnement qui devaient - et doivent
toujours - permettre de conduire à l'autodétermination des populations
Sahraouies. Trois années de négociations entre 1985 et 1988 ont été
nécessaires pour que le Maroc et le Front Polisario acceptent les
propositions du Secrétaire Général des Nations Unies de l'époque en
faveur d'un règlement pacifique. Ce
plan qui avait deux composantes intimement liées (le cessez-le-feu
et l'organisation d'un référendum d'autodétermination) n'a été finalement
examiné et agréé par le Conseil de Sécurité des Nations Unies que
le 18 juin 1990. Le
Cessez-le-feu est observé depuis le 25 septembre 1991 mais l'organisation
du référendum est toujours attendue. Trois Secrétaires Généraux des
Nations Unies se sont impliqués depuis 1988 dans la mise en œuvre
de ce plan de paix (M.M. Perez De Cuellar, Boutros-Ghali, Kofi Annan)
et si des avancées importantes ont été réalisées à certains moments,
force est de constater qu'aujourd'hui, depuis l'ajournement du référendum,
c'est l'enlisement et la régression qui prévalent. Pourtant, la structure
chargée de l'exécution du plan de paix qui comprend un représentant
spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour l'organisation
d'un référendum au Sahara Occidental (M.I.N.U.R.S.O. constituée en
fin 1991 mais n'ayant commencé le travail d'identification du corps
électoral sur le terrain qu'à partir de 1994) sont en fonction depuis
bientôt dix ans. Comme l'indique le nom assigné à la mission présente
au Sahara, les responsabilités de l'O.N.U. ont été clairement définies
dès le départ, à savoir l'organisation et le contrôle du référendum
qui relève de façon entière et exclusive de l'institution internationale.
Concrètement,
l'O.N.U. est chargée,
-
de
l'identification et de l'inscription des personnes habilitées à voter,
-
de
la détermination des modalités de la campagne référendaire,
-
du
déroulement libre et honnête des scrutins. Pour ce faire, a été
créée une commission d'identification chargée de définir
le corps des votants.
Jusqu'à l'ajournement
de la dernière date prévue pour la tenue du référendum (31/07/2000),
le travail d'identification du corps électoral par la MINURSO, était
reconnu par tous les observateurs comme très professionnel, juste
et équitable. Le plan a précisé
les attributions et en conséquence, la composition de la MINURSO.
-
-
Au centre du dispositif
- l'unité civile
(autour de 218 personnes) constituant le personnel d'accompagnement
du représentant spécial, pour les questions juridiques et législatives,
les questions concernant les réfugiés et les détenus politiques
(les arrestations et les déportations de sahraouis
vers le Maroc continuent et il semble que l'influence
de la MINURSO dans ce
domaine soit assez faible.), l'information et les relations
publiques, l'administration.
- -
En soutien de l'opération
- l'unité
de sécurité (47 membres en Février 2001) ayant à la
fois la charge de la protection des dossiers et documents
confidentiels des centres
de la Commission d'identification et la supervision
des forces de police existantes.
- l'unité militaire
(230 membres en février 2001) ayant pour tâche de surveiller le
cessez-le-feu, de s'assurer que certaines armes et munitions sont
sous bonne garde et de veiller à la sécurité des Sahraouis qui
reviendraient, le moment venu, dans le territoire en empruntant
les points de passage désignés.
Les frais de fonctionnement
de la MINURSO s'élèvent à 4,1 millions de dollars / mois (cf/ rapport
du Secrétaire Général du 23/02/2001)
Si l'Unité Civile
fait son travail en période de préparation active du référendum, on
peut s'étonner du petit nombre de membres de l'unité de Sécurité (comptant
en 1999, 81 personnes mais seulement 47 actuellement) qui, comme le
montrent les exactions et les privations de droits répétées à l'encontre
des Sahraouis n'assure ni la supervision des forces de polices existantes
ni même une dissuasion efficiente à l'égard des forces d'occupation.
Les activités de
l'Unité Civile étant « gelées » depuis plus de 6 mois, pour raison
d'ajournement du référendum, l'unité de Sécurité étant fort réduite,
on peut considérer qu'actuellement seule l'unité militaire de la MINURSO
est pleinement active, joue un rôle limité malheureusement de plus en
plus à la surveillance du cessez-le-feu, alors que l'esprit de sa fonction
était de rendre possible l'organisation du référendum et les déplacements
de populations de façon sécurisée.
Si l'ONU n'était
pas décidée à poursuivre en un temps précis et rapide le processus référendaire,
l'existence de la MINURSO serait mise en cause puisqu'elle aurait renoncé
à mettre en vie la tâche principale qui lui a été assignée, l'organisation
du référendum.
Il s'agirait là
d'un échec grave pour la politique de pacification, pour l'O.N.U., pour
l'O.U.A., pour le Maghreb, pour l'ensemble de la Communauté internationale.
Le Paris-Dakar
2001
- Constatant
que le Rallye Paris-Dakar s'apprêtait à traverser le territoire sahraoui
sans avoir sollicité l'autorisation, les autorités sahraouies ont
adressé une première mise en garde aux organisateurs, le 22 décembre
2000.
- Les organisateurs
ayant décidé de maintenir leur course, les autorités sahraouies se
sont faites plus pressantes affirmant « qu'elles se considéreront
libérées de tout engagement vis à vis de la trêve en vigueur et reprendront
par conséquent les activités militaires dans le cadre de l'exercice
du droit de légitime défense, si le tracé frontalier entre la République
Sahraouie et le Maroc est franchi par le rallye (déclaration du 01/01/2001
faite par M. Ould Salek, Ministre des Affaires Étrangères).
- Le Secrétaire
Générale de l'O.N.U. Dans son rapport du 23/02/2001 reconnaît
que « le passage prévu du Paris-Dakar... a contribué à une recrudescence
sensible de la tension entre les parties, dont les répercussions
se font encore sentir ». Il précise que cette année, contrairement
à des pratiques antérieures, « seul le Maroc a été approché pour
obtenir l'autorisation de traversée du Territoire » et
que « des représentants du Gouvernement marocain ont déclaré que si cela
se matérialisait, (sous-entendu les activités militaires du Front
Polisario), le royaume prendrait toutes les mesures de défense nécessaires ». Le Secrétaire Général
des Nations Unies note que « les observateurs
de la MINURSO ont signalé des indices de mobilisation partielle et
d'importants mouvements militaires effectués par des unités
du Front Polisario »
- Entre le
1 et le 6 janvier, les organisateurs du Paris-Dakar ont multiplié les déclarations
maladroites allant jusqu'à impliquer l'ONU en affirmant être « en
rapport avec l'ONU qui est en place depuis plusieurs années » et
qui « est garante du Cessez-le-feu, garante des mouvements qui
se passent dans cette zone » (La Tribune, Alger 03/01/2001) et
laissant entendre devant radios et chaînes de télévision, afin de
dissiper les inquiétudes des familles des concurrents, que l'ONU assurera
la sécurité du Rallye au même titre que l'armée royale.
- Le 07/01/2001,
le Ministère Sahraoui de l'information a annoncé que « devant
les appels de la Présidence de l'OUA, de pays amis dont l'Algérie ainsi
que des États-Unis d'Amérique, le Front Polisario a décidé de suspendre l'application
de sa décision prise le 22/12.2000 en ce qui concerne
la reprise de ses activités militaires ».
- Dans son
rapport , le Secrétaire Général des Nations Unies apprécie que la décision
du Front ait permis de lever la menace immédiate mais
il ajoute qu'elle « n'a pas ramené la situation au point où elle
se trouvait avant le Rallye. Le Rallye et ses retombées ont en effet accru
l'animosité existant entre les parties et sérieusement aggravé les
tensions dans la région ».
Cette formule diplomatique est certes une condamnation de cette «
course contre la paix » qu'a représenté le Paris-Dakar
2001. Il faut regretter cependant qu'elle soit venue bien tardivement
et s'étonner qu'il n'y ait pas eu de mises en garde des Nations Unies
en direction des organisateurs de ce Rallye, du Maroc qui utilisait
cette course pour tenter de faire valider et accepter par l'opinion
publique internationale son occupation du Sahara, de la France enfin,
siège du Paris-Dakar (et d'où était partie la course)... qui a donné
donc sa part de responsabilité dans les perturbations qui en ont résulté.
Les observateurs
s'étonnent que les autorités françaises si promptes l'année dernière
à s'opposer, à la traversés du Niger parce que des Satellites auraient
détecté un rassemblement suspect, ne soient pas intervenues pour empêcher
ce viol d'un territoire en attente d'autodétermination.
Ils s'interrogent
également sur les raisons de la sérénité affiché par les autorités françaises.
Était-elle motivée par la fiabilité du réseau militaire de surveillance
de la France ou par, l'efficacité de sa diplomatie au service d'un allié
privilégié ?
Les journalistes
et les concurrents ont remarqué l'impressionnant dispositif de l'armée
marocaine tout au long du parcours. Cet étalement de tanks aux canons
pointés vers l'est et autres armements était-il compatible avec les
accords de Houston et ne méritait-il pas des prises de position de la
MINURSO ?
Les Coups de pouce officiels
et officieux à l'armée marocaine, des USA, de l'Angleterre,
de la France.
- La presse Canarienne
a signalé le 26/01/2001 la présence, au large des Canaries, de deux
navires américains d'apparence commerciale équipes d'armes à l'uranium
enrichi, semblables à ceux qui sont intervenus lors des crises du
Golfe et de l'ex Yougoslavie. Ces navires étaient présents dans les
eaux canariennes, avec l'accord de l'Espagne, depuis une date estimée
au 10 ou 11 janvier. S'agit-il d'une demonstration de force comme
cela a été souvent le cas dans d'autres circonstances et dans
d'autres parties du monde ? Avec quels objectifs ?
Une vente d'armes surprenante
- L'Angleterre va vendre
des armes de guerre au Maroc pour un montant de 3,5 millions
de livres.
Il s'agit précisément de pièces de rechange pour des canons installés
sur le mur de défense marocain au Sahara Occidental.
Le secrétaire d'Etat aux
affaires étrangères britannique Robin Cook a justifié cet appui à
un pays belligérant sous le prétexte que les Nations Unies avaient
été consultées et n'avaient pas présenté d'objections, le Maroc n'étant
pas soumis à des sanctions (ARSO 31/01/2001).
- Il s'agit là d'un problème
extrêmement grave qui constitue une violation flagrante de la résolution
1514 sur la décolonisation des pays coloniaux. Résolution complétée
par la Déclaration relative aux principes du droit international touchant
les relations amicales et la coopération entre États (résolution
2625 du 24/10/1974) qui rappelle « le devoir de tout État de s'abstenir
de toute mesure de coercition qui priverait les peuples de leur droit
à disposer d'eux-mêmes et de leur indépendance ». Les pièces destinées
à rendre opérationnels les canons du mur d'exclusion des populations
sahraouies des Régions développés de leur pays n'apparaissent-elles
pas comme des mesures de coercition à l'encontre d'un peuple aspirant
à disposer de lui-même ?
La « privatisation
» d'une aide française à l'armée marocaine.
- Le 28/01/2001, la
presse a signalé qu'un décret royal a décidé une augmentation substantielle
du budget de l'armée marocaine permettant à la fois de moderniser
les équipements militaires et de mieux payer les officiers,
sous-officiers et soldats.
Les observateurs s'interrogent sur la provenance de cette manne
car l'on sait que le ministre marocain des finances s'était opposé à une
augmentation du budget des forces armées royales pour 2001.
Les mêmes observateurs croient
pouvoir affirmer que cet argent provient de l'achat par Vivendi de 35%
du Capital de Maroc Télécom, le groupe public de téléphonie.
Vivendi Universal a fait
la remise, le mardi 20 février 2001, aux autorités marocaines, d'un
chèque de 23,345 milliards de dirhams (2,4 milliards d'Euros) en paiement
de sa participation au Capital de Maroc-Télécom.
Le manque de transparence
et la violation des règles commerciales lors de cette transaction ont
été dénoncés par les compagnies étrangères concurrentes en raison de
la rapidité avec laquelle l'affaire a été réglée par Vivendi pour écarter
les multiples Compagnies internationales (y compris France Télécom).
- Il est fait état dans
les milieux investis par la recherche de la paix que la France redouterait
les risques politiques pouvant venir d'une armée marocaine surdimensionnée,
si elle était libérée de son engagement au Sahara Occidental. Ne serait-il
pas plus raisonnable, plus sécurisant, plus sûr, pour l'avènement
de la démocratie au Maroc, pour la paix dans le Maghreb, d'aider à
la reconversion de l'armée vers le civil, au lieu de prendre
le risque de la renforcer ?
Le projet d'installation
d'un club Méditerranée à Dakhla
- Le Ministre marocain
de l'économie et du tourisme a signé une convention avec le président
du directoire du Club Méditerranée, qui prévoit la mise à disposition,
par le Maroc, de moyens et infrastructures pour la réalisation par
le club d'un vaste programme d'investissement et d'expansion. Parmi
les six nouveaux sites prévus figure un « village nature »
à Dakhla, dans les territoires occupés (ARSO 26/01/2001)
La presse marocaine a commenté l'évènement en disant qu'il s'agit
de l'un des premiers opérateurs internationaux à s'installer
dans le « Sahara Marocain ».
Venant après l'expédition du Paris Dakar, il est évident que le Maroc
veut, faisant fi de l'O.N.U., de son plan de règlement, et de sa MINURSO,
impliquer des acteurs étrangers dans l'occupation du Sahara
Occidental.
- Jusqu'à maintenant la
communauté internationale s'était abritée derrière la fiction des
accords de Madrid pour faire semblant de considérer que l'Espagne
avait transféré au Maroc et à la Mauritanie, la charge de l'administration
du Sahara Occidental... en attendant l'organisation d'un référendum
d'autodétermination. Dans le cas de Dakhla, même cette fiction ne
peut pas être invoquée. En effet, l'accord de paix du 5 août 1979
(pris en compte ensuite par l'OUA et l'ONU dans des résolutions postérieures)
conclu entre la République Islamique de Mauritanie et le Front
Polisario stipule que la Mauritanie « décide de sortir définitivement de
la guerre injuste du Sahara suivant les modalités arrêtées en commun
accord avec le représentant du peuple Sahraoui, le Front Polisario ».
Le retrait de la Mauritanie ne peut en aucun cas justifier
un « droit
de préemption » au profit du Maroc qui a reconnu devant la Cour
Internationale de Justice qu'il n'avait aucun titre à faire
valoir sur cette partie du Sahara Occidental.
Comment justifier, après
le « fracas » du Paris Dakar, l'intrusion d'une autre entreprise
française dans un dossier aussi sensible ?
Il y a, comme on vient de
le voir une accumulation d'évènements, de décisions, de comportements
qui suscitent les plus grandes inquiétudes pour la paix.
Ce qui est inquiétant, c'est que ces faits sont imputables pour l'essentiel
à ceux-là mêmes qui sont les garants de la paix du monde, à savoir les
Nations Unies et quelques-unes des puissances des plus influentes à
la fois sur l'O.N.U. elle-même et dans la région concernée.
- Les deux conséquences
majeures de ce comportement sont leur influence sur les protagonistes
du conflit : En se montrant faibles devant l'agresseur, les Nations
Unies (encouragées à cela par certains) le confortent dans son intransigeance.
Le plus inattendu est que le Secrétaire Général des Nations Unies
paraît être exigeant avec le Maroc - « sommé » de dire quelle
parcelle d'autorité il serait prêt à consentir aux populations
du Sahara Occidental - tout en se montrant « disposé » à lui accorder
l'essentiel de ce dont cette monarchie rêve depuis des années, la
reconnaissance obligée d'un principe de la souveraineté marocaine
sur le territoire.
- En marquant de la
distance avec les engagements de la communauté internationale à l'égard des
populations sahraouies, en remettant en cause indirectement leur droit
à l'autodétermination et la tenue du référendum promis contre le Cessez-le-feu,
les Nations Unies poussent les Sahraouis au désespoir, avec des dangers
réels de reprise de la belligérance.
Mr James Baker appelé
une nouvelle fois à la rescousse pourra t-il accomplir le miracle de
sauver une paix si menacée, s'il n'y était pas aidé par ceux qui ont
le mandat et la charge de faire respecter les droits des peuples et
une justice internationale équitable.
Annick Miské-Talbot.
|